Nomade Théâtre Populaire

Création 2012 - 2013


« Antigone »
de Sophocle

Revenir aux sources du théâtre, à son apogée, à l'époque ou il s'adressait à tous, où il était une fête populaire qui rassemblait autant de monde qu'un stade de foot aujourd'hui.

Acteur assis jouant le rôle de Créon

Cérémonie divine et profane, tribune publique civique et poétique, le théâtre grec nous parle et nous interroge encore aujourd'hui. Il nous raconte l'homme en prise avec ses passions, et nous parle de sa dimension terrestre et cosmique. Il interroge la société, le pouvoir, le citoyen, tout comme le théâtre.

Théâtre total d'une portée politique, philosophique et esthétique, qui réunissait la danse, le théâtre, le chant et la musique, il est aujourd'hui une confrontation nécessaire pour qui se soucie de théâtre.

Pourquoi une tragédie grecque ?

C'est par un retour aux origines du Théâtre que nous entendons mettre à l'épreuve notre compréhension dramatique de la scène. C'est par cette confrontation avec un texte vieux de plus de 2500 ans que nous voulons toucher le public d'aujourd'hui. En effet, ce projet concilie travail sur le texte et travail de création, puisque tout reste à réinventer. Il est un projet qui satisferait Meyerhold qui regrettait ces temps où le théâtre était théâtral. S'il est un repère pour qui se préoccupe de théâtre et de théâtralité, il l'est aussi pour la société en mal de valeurs, de sens, voir de mythologie. Vouloir monter un tel projet est peut-être une folie, mais notre époque n'a-t-elle pas besoin de folie, de rêve ?... Il est un vaste chantier à ouvrir et à découvrir.

Théâtre populaire et tragédie grecque

Il faut croire que les grecs avaient une autre conception que notre époque du théâtre populaire, plus proche de celle de Molière pour qui le théâtre avait pour vocation de corriger les hommes en les divertissant, où encore plus récemment de celle de Jean Vilar au TNP qui monta d'ailleurs « Antigone » de Sophocle. Mais aujourd'hui, il semble que le seul divertissement est le pouvoir de réunir les foules (toutefois pas si nombreuses que du temps des grecs), et qu'un fossé se soit creusé entre le théâtre de boulevard et un théâtre élitiste. Un théâtre pour tous, parlant à tous, voilà le souhait que nous portons. Quand on posait la question à Eric Satie : « quelle musique préférez-vous ? », il répondait : « la bonne ! ». Aussi pourrions-nous faire la même réponse concernant le théâtre.

Le théâtre dont la simplicité est à la portée de tous et dont le sens est profond est le meilleur, tout le monde y a droit.

La mise en scène

Le but de la mise en scène sera de donner une réalité physique, une incarnation du texte par le corps vivant de l'acteur. L'acteur sera le médiateur direct et principal entre l'action dramatique (le texte) et le public. Ainsi, tous les moyens scéniques (costumes, masques, décor, lumière, musique) lui seront subordonnés. Si cette idée n'est pas neuve, elle n'en demeure pas moins essentielle, et nous nous associons à Adolphe Appia, qui au début du vingtième siècle déclarait à propos de l'acteur qu'il est : « le facteur essentiel de la mise en scène, c'est lui que nous venons voir, c'est de lui que nous attendons l'émotion, et c'est cette émotion que nous sommes venus chercher. Il s'agit donc à tout prix de fonder la mise en scène sur la présence de l'acteur, et pour ce faire, de la débarrasser de tout ce qui est en contradiction avec cette présence ».

C'est par le jeu de l'acteur qu'un texte prend sens et réalité, c'est par la force du jeu que celui-ci devient compréhensible pour tous. Etant entendu que l'acteur est l'outil premier de la transmission d'une oeuvre ancienne, grâce à la réactualisation des passions humaines, la mise en scène privilégiera la direction d'acteur à tout artifice.

Nous retrouvons donc une préoccupation qui nous est chère : mettre l'acteur au centre du théâtre. Pour cela un travail vocal, physique et dramatique sera mis en oeuvre, afin d'assouplir le corps et l'esprit de l'acteur, pour lui permettre de se plier à tous les mouvements que nécessite le texte. Une fois la respiration, la musique, le rythme et les mouvements du texte intégrés par le comédien, la mise en scène et la scénographie viendront magnifier et dramatiser le jeu et les sentiments des personnages. Un travail sur la forme, avec la scénographie viendront mettre en valeur le travail sur le fond entrepris par l'acteur.

Ainsi donc, nous n'entendons nullement nous lancer dans une reconstitution historique et archéologique de la scène grecque ; toutefois nous suivrons le texte et sa construction dramatique le plus fidèlement possible, et tâcherons d'en utiliser toutes les ressources.

Si quelques documents nous sont parvenus, sur le déroulement et la scénographie d'une représentation grecque, beaucoup d'aspects demeurent des énigmes. Nous savons que le théâtre Grec était, parlé, déclamé chanté et dansé, mais comment l'était t-il exactement ? Personne ne peut en témoigner, il nous faut donc retrouver l'essence de l'action dramatique. Le jeu des passions humaines est donc la première clef à notre disposition. Les autres aspects du drame et son déroulement restent à réinventer.

Toutefois, si la forme du théâtre Grec n'est pas parvenue jusqu'à nous, nous pouvons néanmoins nous intéresser aux théâtres d'Asie. En effet, il demeure encore de nos jours d'autres formes de théâtre total, comme par exemple : le Kabuki et le Nô au Japon, l'Opéra Chinois, ou encore le Kathakali en Inde.

Ainsi des rapprochements sont possibles afin d'en dégager les similitudes :

Acteur de théâtre en costume

  • utilisation de masques dans le Nô et de masques peints pour le Kabuki, le Kathakali et l'Opéra Chinois.

  • Les costumes ne sont pas quotidiens mais confèrent une dimension divine et dramatique aux personnages. Ils leur donnent une puissance que l'acteur doit rejoindre (costumes nobles et imposants, cothurnes)

  • Le décor et les accessoires n'ont pas de vocation décorative. Ils servent à évoquer, à suggérer et à sous-tendre le jeu de l'acteur. L'acteur dispose de l'espace scénique et cet espace est à son service.

  • Le rôle du waki dans le Nô est semblable à celui du Coryphée

  • Si l'Opéra Chinois, le Kabuki et le Kathakali ne comportent pas de choeur, le Nô en contient un

Nous constatons donc beaucoup de points communs avec le théâtre Grec, et sans vouloir plaquer une forme sur une autre, nous pouvons en tirer des enseignements. Des vases communicants existent entre les époques et les cultures : Shakespeare s'est inspiré du théâtre Grec, Picasso de l'art africain, Antonin Artaud du théâtre asiatique, à nous de puiser à la source des théâtres du monde pour créer de nouvelles formes.